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Les Nomades dans l'Âme

Culture
06 DECEMBER 2022
Ariunzul Enkhbaatar
Ariunzul EnkhbaatarHead of Sustainable Development Department
Ariunzul Enkhbaatar
Ariunzul EnkhbaatarHead of Sustainable Development Department
En tant que responsable de la division du développement durable chez GOBI Cashmere, Ariunzul s'engage à garantir des pratiques responsables et éthiques à chaque étape de la production de cachemire. Elle mène des initiatives en faveur de la protection de l'environnement, de la responsabilité sociale et d'une gouvernance éthique, tout en travaillant en étroite collaboration avec les éleveurs afin de soutenir un approvisionnement durable.

Passionnée par la culture mongole et par la vie des éleveurs qui rendent le cachemire possible, elle partage des récits sur leurs traditions, sur le savoir-faire qui se cache derrière les créations en cachemire et sur la manière dont GOBI Cashmere honore son engagement en faveur de la durabilité.
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« Un éleveur devient météorologue lorsqu'il analyse le climat, botaniste lorsqu'il choisit les pâturages, zootechnicien lorsqu'il nourrit son bétail, zoo-psychologue lorsqu'il s'occupe de ses animaux, économiste lorsqu'il vend de la laine, de la fibre de cachemire, de la viande et des peaux de ses animaux, et technologue de la production alimentaire lorsqu'il prépare des produits laitiers », a conclu le magazine Mongolia Economy Magazine après avoir interrogé des éleveurs nomades qui représentent 40 % des Mongols et perpétuent encore des traditions vieilles de plusieurs siècles.

La nature a façonné la religion et la philosophie des Mongols, inspirant un mode de vie épuré et pleinement satisfaisant. Au fil des millénaires, les nomades ont transmis leur sagesse consistant à vénérer la nature, à s'y adapter et à vivre en harmonie avec elle, plutôt qu'à la craindre ou à la détruire. Le chamanisme, l'une des plus anciennes croyances religieuses, est encore présent chez les Mongols aujourd'hui, en étroite relation avec l'idéologie originelle qui valorise une existence en accord avec la nature.

Vivre la vie nomade ne se résume pas à apprendre à côtoyer les animaux ; c'est aussi savoir survivre dans la nature en anticipant les dangers. Les Mongols ont une longue tradition de prévision météorologique fondée sur les signes que leur offre la nature. Il est tout à fait courant pour les nomades de rester dehors à simplement ressentir et observer la nature ainsi que les animaux alentour. Après un moment de silence, ils commencent à indiquer à leurs enfants ce qu'il faut faire pour protéger le bétail des aléas naturels imminents. Par exemple, un ciel d'un rouge envoûtant n'est pas pour les nomades un simple spectacle de couleurs : il annonce une journée ensoleillée. Ces gens de caractère ont toujours su que les animaux font le meilleur usage de leur sixième sens et révèlent ce qui approche par leur comportement. Les signes traditionnels les plus courants concernent le bétail : quand il pressent une dégradation du temps, il s'éloigne des hauteurs exposées et se regroupe dans les zones basses pour se protéger. La liste des signes naturels que les nomades utilisent chaque jour pour surveiller le temps serait suffisamment longue pour remplir un livre entier.

L'un des exemples les plus frappants est le roman itinérant devenu un best-seller international : Le Totem du loup. Le livre décrit les nomades et leur mode de vie, errant dans les steppes avec leurs moutons et leurs vaches en harmonie avec la nature, inspiré d'une histoire vraie. Les nomades aimaient et haïssaient à la fois les loups qui les attaquaient, eux et leur bétail, tout en en faisant des objets de vénération. Le roman raconte l'histoire des nomades et des sédentaires et leur relation avec les loups. Cette réalité est encore bien vivante et pratiquée dans les campagnes de Mongolie par les nomades d'aujourd'hui.

Le savoir d'un éleveur est considéré comme un « savoir royal » et les éleveurs comme « les maîtres de mille savoir-faire ». C'est une évolution véritablement remarquable : un éleveur devient météorologue quand il analyse le temps, botaniste quand il choisit les pâturages, zootechnicien quand il nourrit son bétail, bio-psychologue quand il prend soin de ses animaux, économiste quand il vend de la laine, de la fibre de cachemire, de la viande et des peaux, et technologue de la production alimentaire quand il prépare des produits laitiers. Il n'y a pas d'autre terme que celui de « science raffinée » pour désigner le fait que les éleveurs reconnaissent individuellement des centaines de leurs moutons à leur apparence et peuvent indiquer avec la précision d'un GPS la localisation de leurs chevaux même après plusieurs jours sans les avoir vus. D'ailleurs, cela se vérifie concrètement lorsque les voyageurs sont sidérés par les talents de conduite des Mongols dans les campagnes, où le paysage paraît presque identique aux yeux de ceux qui n'ont jamais mis les pieds en Mongolie.

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Beaucoup sont surpris d'apprendre que les nomades mongols, aussi rudes et résistants soient-ils face à des climats si extrêmes, font preuve d'une tendresse remarquable envers leurs animaux, les plantes et les autres êtres humains. Existe-t-il d'autres civilisations qui aient conçu leurs bottes de manière à ne pas endommager les jeunes pousses ? Combien d'entre elles chantent et jouent encore d'instruments pour réconforter les femelles qui viennent de mettre bas et les encourager à accepter leurs propres petits rejetés ainsi que les orphelins ? Ces rituels constituent le patrimoine immatériel nomade, transmis de génération en génération et pratiqué encore aujourd'hui.